L'Atelier 2019-2020

Atelier à l'année

Pour débutants motivés, initiés et confirmés
Chaque lundi de 20h à 22h30
sauf vacances scolaires

Les pré-inscriptions seront possibles du 27 juin au 13 juillet pour les participants (stages, ateliers, aventures) inscrits en 2018-2019, à partir du lundi 2 septembre pour les nouvelles inscriptions, dans la limite des places disponibles.

LUNDI 16 SEPTEMBRE à 20h à l'ADEC : Réunion de présentation et confirmation des inscriptions. Présence obligatoire.

Présentation publique Mardi 2 juin 2020.

Objectifs

Cet atelier s’adresse à tous ceux (sans distinction de niveau) qui veulent à la fois expérimenter le jeu d’acteur, mais aussi partager une réflexion sur le théâtre à partir d’une pièce emblématique de l’œuvre d’un auteur.
Volontairement inscrit dans un temps long, d’octobre à juin, il permet la possibilité et le déploiement d’un travail approfondi, autour de l’art de l’acteur.

Contenu

« Que faire, qu’écrire lorsqu’on a trente-six ans, qu’on a déjà donné huit pièces de théâtre, dont une tragi-comédie retentissante qui vous a installé sur les plus hautes marches de la hiérarchie littéraire, qu’on a été l’enjeu de plusieurs querelles, dont celle du Cid, qu’on a dû, pour ce faire, affronter la jeune Académie française, les Scudéry et autres auteurs reconnus, qu’on a été anobli, à l’issue de cette querelle par le roi Louis XIII, et qu’enfin on a obtenu, avec une première tragédie romaine, Horace, un succès certain de la part du public ? Tout simplement la tragédie la plus admirée du XVIIème siècle. Peut-être trop même, si l’on en croit Corneille qui, en 1660, dans son « Examen » confirme que son poème dramatique est classé au premier rang de ses écrits. Si Rodogune, tragédie implexe, est alors sa préférée, l’auteur rouennais, déjà nommé en 1660 « Le Grand Corneille », doit bien convenir que son aura est définitivement acquise après Cinna. »

Christian Biet, Cinna, Préface, éd. Le Livre de poche

La pièce, met en scène Cinna, héros éponyme, dont l’amoureuse Émilie l’enjoint d’être le bras de la vengeance qu’elle nourrit contre Auguste, empereur de Rome, et aussi assassin de son père. Mais Cinna, pris entre son désir d’accomplir cette vengeance par amour, et la conscience du fait qu’Auguste n’est plus le tyran qu’il a été, hésite. De cette hésitation, qui prend des formes différentes au cours de la pièce, nait le conflit. C’est un des plus beaux exemples de « choix cornéliens » qui soit, et si la pièce (de 1642), est un peu oubliée aujourd’hui, elle fut pourtant l’un des plus grands succès de son auteur. Elle est en alexandrins, et si cette forme d’écriture ne rend sans doute pas compte de la réalité du monde contemporain, il n’empêche qu’elle traduit admirablement les méandres du sentiment amoureux avec celui du rapport au pouvoir, dans un mouvement sans cesse conflictuel qui va de l’un à l’autre. Elle permet aussi de comprendre qu’au théâtre la complexité s’exprime avant tout par une forme, ou pour le dire avec les mots du metteur en scène Klaus Michaël Grüber : « Au théâtre, on pleure, à l’intérieur d’un cadre. »

Poursuivant ainsi le travail entamé il y a longtemps déjà – et qui essaie chaque année de se préciser, l’idée de cet atelier est de partager une expérimentation du jeu de l’acteur, à partir d’une pièce qui s’inscrit dans une œuvre, choisie à la fois pour ses qualités d’écriture, mais aussi pour la singularité du regard que son auteur porte sur le monde qui l’entoure.
Car encore une fois, il ne s’agit pas ici de faire spectacle, et de subsumer l’ensemble du travail de l’année à la représentation de la fin de la saison.
Qu’est-ce qu’un acteur ? Que veut dire « jouer » ? Incarner un personnage ? Raconter une histoire ? Telles sont les questions auxquelles nous essayons de répondre, pratiquement, à partir de l’œuvre choisie, en cherchant des réponses concrètes à partir de l’écriture, de sa forme (rythmes, sons) et de sa fable. Et de dire que des écritures différentes, induisent des rapports au jeu, différents eux aussi, car s’il y a des techniques qui permettent d’aborder le jeu (le corps, la voix, les interactions, le développement de la sensibilité, l’engagement, etc.) il n’en reste pas moins vrai que ces « bases » produisent des réactions (au sens chimique du terme) différentes, en fonctions des différentes écritures abordées e traversées.
De même, ces écritures n’existent pas en soi, mais sont toujours le résultat du travail d’un auteur, pris lui-même dans un ensemble de rapports (esthétiques, historiques, politiques, etc.), cet atelier s’intéresse à celui ou celle qui a écrit, non pour poser de manière savante sa biographie (ce qui ne sert en rien le jeu de l’acteur !), mais pour tenter de saisir le mouvement même de l’écriture, envisagé comme source du jeu. Ainsi parallèlement à des exercices, nous lisons aussi d’autres textes, de l’auteur lui-même, mais aussi des témoignages d’acteurs, de metteurs en scène, ou d’autres personnes ayant également fréquenté cette œuvre-là. Le but est alors de se nourrir de ces différents matériaux, pour laisser surgir une forme qui s’élaborera ensemble.

Avec Cinna, de Corneille, c’est donc à la fois un travail sur l’alexandrin qui est proposé, mais aussi sur la tragédie (même si Cinna, est une tragédie qui finit bien !). L’alexandrin impose sa forme, mais si difficile que cela puisse paraître au départ, elle permet de comprendre qu’au théâtre, c’est cette forme toujours qui donne corps (incarne) à l’émotion et/ou à la pensée. Sans forme, il n’y a pas d’émotion, c’est toujours vrai. La différence ici, c’est que la forme se voit d’emblée. La tragédie permet de faire surgir le jeu à partir de la question du destin. C’est-à-dire que dans cette forme particulière de théâtre, le jeu naît du refus des personnages d’accepter le destin qui est tracé pour eux. Enfin, et c’est particulièrement vrai avec Cinna, dont l’un des thèmes principaux est celui de la justice - ou comment à partir d’un désir de vengeance on aboutit à l’avènement de la clémence, cette notion de justice se voit corollaire de celle de justesse, puisque chaque personnage en quête de justice se trouve entrainé dans des in-justesses de paroles ou de comportements.
De la justice comme thème à l’in-justesse des corps, comment trouver la justesse du jeu ? C’est sans doute à cette question-là, que nous essaierons de répondre.

Ainsi, s’incarne dans Cinna, au-delà de la grande qualité de la pièce, l’enjeu d’un théâtre d’acteur qui, peut-être plus qu’ailleurs pose cette question de la justesse du jeu de l’acteur. En cela, elle rejoint ce travail sur le jeu commencé il y a longtemps avec cet atelier, et qui tend à montrer que l’acteur qui joue ne « s’amuse pas » d’abord, mais qu’il essaie de se tenir dans un rapport entre l’équilibre et le déséquilibre, et que c’est le maintien de ce rapport-là qui produit l’histoire, et qui est source de jubilation, et non l’inverse.

Et dans la perspective de ce rapport, ce travail sur Cinna, se voudrait aussi comme une métaphore du jeu, et du travail de l’acteur.

Thierry Beucher

Intervenant

Thierry Beucher : Auteur et metteur en scène. Diplômé du Conservatoire National de Région de Rennes, il a aussi participé à plus d’une vingtaine de spectacles comme acteur, avec différentes compagnies de la région Bretagne. Depuis 2011, il est le directeur artistique du Théâtre de l’Intranquillité (Rennes).

Tarifs

310€/280€*
+ adhésion à l'association 15€ (adhésion simple) / 25€ (adhésion + accès bibliothèque)

* Tarif réduit pour les étudiants, demandeurs d'emploi, carte Sortir (sur présentation d'un justificatif).

INFO Carte Sortir ! Pour bénéficier d'activités à petits prix : ICI